Aujourd’hui est un jour un peu particulier pour moi, c’est l’anniversaire de mon frère. Vous devez vous dire que c’est un peu bizarre sachant qu'il y a quelques mois, j’ai écrit un article qui s’appelle « Je suis fille unique et alors ? ».

Je suis fille unique, mais j’ai eu un petit frère, Tom, qui aurait eu 20 ans aujourd’hui. Je n'en parle jamais, à personne. Seules les personnes qui comptent pour moi sont au courant. Mais avec cette date anniversaire qui approchait, je me suis rendue compte que j'avais besoin d'en parler. Ou en tout cas, d'écrire ce que je ressens.


Pas un jour ne passe sans que je pense à lui. Ce n’est pas un sujet tabou, mais pourtant, même avec mes parents, on ne parle pas de lui. De temps en temps, on évoque son absence, on imagine ce qu’il est en train de faire là-haut. Ou on essaye de savoir ce qu’il ferait s’il était là. Mais ça arrive rarement, car même au bout de 20 ans, ça fait mal.

Je n'avais que 3 ans quand j'ai appris que j'allais avoir un petit frère, mais je me souviens encore du moment où mes parents me l'ont annoncé. Ça reste quand même un peu flou, mais ce moment m'a marqué. En revanche, une chose dont je suis sûre, c'est de l'ambulance qui est venue le jour où il est parti.

Il était très tôt, le jour se levait à peine et il pleuvait. A torrents, comme un signe que la journée n'allait pas être bonne. Ma maman m'a regardé et m'a dit "Ca va aller" et elle est montée dans l'ambulance. Je n'ai pas compris tout de suite ce qu'il se passait, mais j'ai bien senti que les choses ne seraient plus jamais pareilles. Je suis allée chez la voisine et elle a essayé de m'occuper en me lisant un livre, mais mon esprit était ailleurs.

Je garde une sensation bizarre de cet instant, un peu comme si j’avais déjà créé un lien avec mon frère et que je sentais qu'il se rompait, d'une certaine manière.

Les années passent et son absence s’est faite sentir. J'ai grandi seule, sans jamais vraiment l'être. Quand on partait en vacances, je regardais toujours le siège vide à côté de moi, en l'y imaginant. Ça n'a pas été facile tous les jours, parfois il me manque tellement que j'en suffoque. Et parfois, c'est voir à quel point il manque à mes parents qui me brise le coeur. J'ai essayé de leur suffire et je pense que je ne m'en suis pas trop mal sortie ! On est heureux tous les 3. On ne l'oublie pas, mais on a continué à vivre, sans lui.


Mon frère était un grand prématuré. Il n’a respiré que quelques instants… Je n’ai jamais pu lui parler ou le serrer dans mes bras, et pourtant, je ne me suis jamais vraiment sentie fille unique. Dans les faits, bien sûr que je le suis. Parce qu'être fille unique, c'est grandir seule, non ?
A chaque fois qu'on me pose la fameuse question "T'as des frères et soeurs ?" Je réponds non en pensant à lui. Des fois, ça me fait de la peine, et parfois, je me dis que la vie est comme ça. Mais j'aime penser que mon frère est là, quelque part, et qu'il veille sur moi.

En fait, je crois que le plus dur, c'est l'incompréhension des gens quand on parle de lui. C’est sûrement pour ça que j’évite d’aborder le sujet. Après tout, on ne l'a pas connu, donc d'après eux, on n'a pas eu le temps de créer des liens... Mais ce 30 juin 1997, j'ai perdu un frère et mes parents ont perdu un fils. Que dire de plus ?


J'ai fait mon deuil, mais je ne peux m'empêcher de penser à lui et à ce qu’il me dirait quand je fais quelque chose. J'aimerais bien qu’il soit là en ce moment, maintenant que je suis au Canada. Je pourrais lui raconter tout ce que je vis, lui parler de mes amis et de la super expérience que c'est. Et puis très égoïstement, je me sentirais moins coupable de laisser mes parents seuls.

Tom me manque. Ça fait 20 ans et je sais qu’il me manquera jusqu'à la fin. Mais j'ai envie de me dire que, malgré tout, la vie est belle. Et j'espère simplement que là où il est, la vie est belle aussi. 

Et s’il m’entend, j’aimerais juste lui dire...

Ne t'inquiète pas pour moi, je vais bien. Et ne t'inquiète pas pour les parents, ensemble on est fort...

Joyeux anniversaire frangin.